Bio et textes

Bio et textes


Des portraits de moi, vue par Midjourney, d'après photos. (Ne pas s'en servir pour pièce d'identité ;))

* BIO, version courte

* Portraits d'artiste par :

* Antoine Choplin :  Serial Portraits, une oblique dans le rapport artiste/spectateur.

* Alain Livache : Sigrid Coggins, le bonheur comme médium ?

* François Habran : Captiver le public par captation.


Courte biographie/ Short biography
https://www.sigrid-coggins.fr/

FR : Artiste plasticienne, elle vit et travaille à Annecy et Stockholm.

On peut identifier plusieurs axes dans son travail : l'exploration de nos espaces utopiques et oniriques, la quête de soi à travers la relation à l'autre et l'exploration de notre capacité au bonheur et à l'enchantement du monde. Ces corpus, souvent entremêlés sont portés de manière récurrente par des processus participatifs ou interactifs, impliquant l'Autre dans le processus de création.

On ne distingue pas de médiums majoritaires. Ce sont aujourd'hui les potentiels créatifs de la réalité virtuelle et de la collaboration avec l'intelligence artificielle qui irriguent son travail.

EN : Visual artist, she lives and works in Annecy and Stockholm

We can identify several axes in her work: the exploration of our utopian and dreamlike spaces, the quest for oneself through the relationship with the other and the exploration of our capacity for happiness and the enchantment of the world. These bodies of work, often intertwined, are recurrently carried by participative or interactive processes, involving the Other in the creative process.

One will not distinguish majority mediums. Today, it is the creative potential of virtual reality and collaboration with artificial intelligence that irrigate her work.


Portrait d'artiste - Sigrid Coggins : Serial Portraits, une oblique dans le rapport artiste/spectateur.

Antoine Choplin

Il y a moult façons de regarder les Serial portraits de Sigrid Coggins.

Et au-delà du concept éminemment artistique qui y préside, la force et le caractère protéiforme du processus qui leur sont inhérents - mettant en jeu la personne profonde dans toute sa variété et sans prérequis d'aucune sorte - ne peuvent qu'interroger et exciter les papilles de l'acteur culturel. Voilà l'endroit depuis lequel j'écris ces lignes.

Scènes obliques tente de porter la parole de l'artiste au plus près des gens, avec le souci de chemins de médiation singuliers et enrichis de l'absence de géographie pré-dessinée. Tout est à inventer en la matière, avec l'appui d'un contexte sensible chargé, celui de la montagne, et plus précisément de la pente. De quoi bouleverser les repères existants, susciter un regard de veilleur, portant loin, et dont l'acuité peut être corollaire d'un niveau d'engagement, sinon de risque. Les élites, en ces terres-là, ont disparu depuis longtemps. Le paysage impose la démocratie. La facilite en tout cas, et en particulier, constitue une chance - c'est l'une de nos conjectures - pour le partage de la culture par le plus grand nombre.

Dans cette aventure humaine, les notions d'implication, voire d'appropriation sont souvent au cœur des enjeux. Il s'agit bien moins de susciter une consommation culturelle que de co-construire la mise en vie de propositions sensibles, valorisant les capacités créatives de tous ceux qui le souhaitent, et de suggérer des terrains d'éclosions favorables dans ce sens.

Chacun est un créateur, voilà l'un des messages fondateurs des Serial portraits. Dessine-moi, propose l'artiste - estampillé tel. Au sein du repère orthonormé que porte le rapport artiste/spectateur, c'est une belle oblique qui est ainsi tracée. L'artiste en modèle, le spectateur en inventeur. Une façon pour lui de s'immiscer, en tant qu'acteur, dans le cœur d'un processus d'art contemporain, souvent si peu pénétrable.

Dessine-moi, et laisse-moi te regarder en train de le faire. Une demande adjacente, qui s'enracine dans une confiance profonde. Au-delà de la plastique des visages, l'espoir existe de capter quelque chose d'une lueur singulière que provoquerait le geste de création. Le portrait à l'œuvre devient le levier d'une révélation, un outil d'archéologie sensible au service d'un moindre essentiel, tenu peut-être au secret mais profondément constitutif de l'être.

Fermer les yeux sur son œuvre en train de se faire fait partie de la règle du jeu et est une gageure de plus, égalitaire et de nature à susciter la mise à l'écart d'un possible ressenti lacunaire. Il s'agit de (re)nouer avec sa source créatrice, son patrimoine profond, au-delà des apprentissages techniques. Et d'interroger par-là le schéma trop vite établi de ses propres potentialités.

Regarder enfin. Son œuvre, celle des autres une fois exposées, en temps presque réel. Et endosser la casaque de critique et embrasser ainsi, d'un seul élan, l'intégralité d'une trajectoire d'œuvre.

Les Serial portraits posent l'artiste en passeur. Non pas seulement comme véhicule d'un propos sensible, mais comme une main tendue vers le gisement créatif profond inhérent à chacun. Sigrid Coggins se retrouve ainsi au milieu de nous, dans l'entrelacs d'un écheveau poétique aux sources multiples, autorisant toutes complexités et basculements des repères dans un espace rendu simple et ludique. Une alchimie, sans doute, favorable à toutes sortes d'éclosions.

ANTOINE CHOPLIN

Portrait d'artiste - Sigrid Coggins : Sigrid Coggins, le bonheur comme médium ?

Alain Livache

On peut identifier plusieurs axes dans le travail de Sigrid Coggins : l'exploration de nos espaces utopiques et oniriques, la quête de soi à travers la relation à l'autre et l'exploration de notre capacité au bonheur et à l'enchantement du monde...

Ces corpus, souvent entremêlés sont portés de manière récurrente par des processus participatifs ou interactifs, impliquant l'Autre dans le processus de création.

On ne distinguera pas de médiums majoritaires : selon les projets, la plasticienne choisira la vidéo, la photographie, mais tout aussi bien l'installation, la création sonore ou encore les langages picturaux. Ses outils privilégiés restent cependant fréquemment « les nouvelles technologies » : ainsi par exemple dès qu'apparaîtra la capacité des Smartphones à devenir caméras vidéos, elle en explorera les potentiels. Elle fera partie, dès les années 90, des artistes qui utiliseront les langages numériques de l'image. Et l'Ipad et son écran tactile deviendront récemment par exemple l'interface d'une de ses toutes récentes oeuvres interactives.

Dans les lignes suivantes, nous porterons un regard plus particulier à certaines des oeuvres de la plasticienne qui explorent le sentiment et l'image du bonheur.

L'artiste sans en faire un objectif nous amène à nous poser les questions suivantes : serait-ce suspect d'avoir comme moteur de création la production de bonheur ? Et serait-ce incorrect de vouloir extraire du chaos ambiant ce qui en est plutôt l'heureuseté ?

Qui mal en pense en sera fâché, mais Sigrid Coggins, en effet, traque cette part ténue d'enchantement qui peut exister en nous. Qu'on ne s'y trompe pas, il ne s'agit pas de militer contre la mise en exergue récurrente des affres de notre époque. Ceux-ci existent bien et il est essentiel qu'ils soient eux aussi explorés par les artistes de notre temps. Sigrid Coggins engage à d'autres parcours.

C'est d'ailleurs presque fortuitement que face à ses oeuvres cet effet d'enchantement surgit. Et c'est par l'expérience du processus de création auquel le spectateur est invité à participer que se produit l'émergence de cet étrange sourire sur nos lèvres.

D'ailleurs, l'artiste voudrait-elle « créer du bonheur » qu'elle échouerait forcément. Le bonheur par sa nature même ne file-t-il pas toujours entre les doigts ? Ce n'est donc que subrepticement que cette sensation d'enchantement peut survenir.

Les « Serials portraits » et leurs « relevés de tête ».

Ainsi par exemple, lorsque l'on visionne les vidéos des « Relevés de tête » du corpus de création des « Serial portraits », chacun de nous percevra cette fugace et troublante modification du visage lorsqu'un sourire spontané le modifie. Et ce sourire est alors contagieux : rares sont les spectateurs des « Relevés de tête » qui à leur tour ne se mettent pas à son unisson.

On connaît le processus initial créant cela : l'artiste fait appel à ceux et celles qu'elle rencontre pour devenir co-créateurs. Le visiteur est invité à réaliser le portrait dessiné de l'artiste d'une façon inhabituelle : sans jamais regarder la feuille de papier. Il s'agit de regarder exclusivement l'artiste dans les yeux. Le portrait réalisé témoigne alors tout autant de la rencontre avec l'artiste que de la représentation graphique qui en résulte. Car la réussite du portrait n'en est pas l'enjeu. Le portrait devient prétexte à une rencontre singulière. Car nous avons rarement l'occasion de nous regarder dans les yeux aussi intensément... Pour le portraitiste (et pour l'artiste aussi) l'expérience est souvent troublante et émouvante. Et le dessin ainsi réalisé renseigne plus sur la personne qui l'a tracé que sur l'artiste portraituré. Cet autoportrait délégué décale les enjeux classiques du portrait, sujet récurrent de l'Histoire de l'art.

Ce qui résulte du processus de « Serial portrait » se compose de deux éléments complémentaires :

- Les vidéos intitulées « relevés de tête », montrent en noir et blanc et au ralenti le moment précis où le dessinateur découvre le portrait qu'il vient de réaliser. De manière récurrente, se dévoilent alors ces singuliers sourires et ces expressions heureuses et étonnées, faisant appel à une archaïque sensation de petite enfance.

ALAIN LIVACHE

Portrait d'artiste - Sigrid Coggins : Captiver le public par captation.

Franz Narbah

Parler avec Sigrid est une expérience inoubliable : rien dans ses réponses ne donne jamais l'impression qu'elle a perçu le sens de ce que vous venez d'énoncer.

Et la conversation passe de mise au point en mise au point, de quiproquo en pataquès, d'éclat de rire en éclats de rires, du non sens au tautologique. Comment dire : "Moi je suis moi et toi tais-toi" disent les enfants. Et bien c'est ça ! Sois toi et t'es toi.

En général, elle termine ces échanges par quelque chose du genre :

"Ah ! Tiens ? Tu vois ça comme ça toi ? Pourquoi pas ? Elle éclate de rire et on passe à autre chose du genre : "Tu manges où ? On casse la croûte ensemble ?" Elle a une façon inimitable de se prendre le menton dans la main, portée par le bras lui même tenu par l'autre main accrochée au bras qui est tenu par l'épaule. Posture physique qui s'accompagne d'un froncement de sourcil et d'une moue dubitative. À ce moment, on sait clairement que la limite du discutable est atteinte et que l'éclat de rire ne va pas tarder. Et puis Sigrid est toujours vêtue comme une princesse Russe en deuil sur le point de grimper dans le transsibérien, chapeau à voilette compris.

Par ce procédé récurrent, l'absence de justification est toujours établie. Et c'est très agréable au fond que d'avoir le droit de penser ce que l'on veut sans recevoir de contradiction. Sigrid n'a donc pas de leçon à donner. Elle veut vous mettre dans sa collection, capturer votre visage, enfermer votre corps dans une boîte, faire se rencontrer quelques individus non préparés à un quelconque échange -qui va toutefois avoir lieu dans un instant surprenant et incongru- dans un rectangle placé au sol.

Pour cela, elle est aimable, avenante, ouverte, elle invite facilement chez elle. On ramène sa fraise, et elle nous mange. C'est aussi simple que ça. On ne se méfie pas des Princesses Russe, surtout quand elles sont américaines et originaires d'un coin perdu des Alpes françaises. Pourtant, presque toutes les Princesses Russes sont comme ça. Mais c'est une autre histoire.

Je crois venu le moment de parler de ce qui est en cours, de ce qui se trame ici ; l'actuelle progression, celle qui consiste après avoir dérobé votre visage, à vous compter un supplément : pendant que je vole votre image j'allais dire i-mange) vous faites mon portrait, en me regardant bien, mais sans regarder ce que vous dessinez.

Ce sont les Serial Portraits. Une fois encore on fait la queue et chacun son tour (je parle du public) est mis sur la sellette. Sigrid est armée d'une caméra.

Je vous rappelle que la sellette est au départ un petit siège inconfortable, sur lequel la police obligeait jadis les accusés à s'asseoir pour les interroger en position humiliante. Puis, par je ne sais quel glissement sémantique -les règles de la langue française sont plus complexes que celle du cricket britannique- la sellette est devenue, dans le langage propre aux ateliers d'art, ce tabouret plutôt haut, (parfois aussi nommé selle), généralement en hêtre, sur lequel on pose un modèle de plâtre à dessiner, ou un corps nu. C'est bien de cela qu'il s'agit : offrir son visage nu.

Mais comme la victime, ou le suspect, comme on voudra, se rend coupable lui même d'un acte de capture de l'image de Miss Coggins, la mise en abîme est totale. D'autant que les dessins réalisés en aveugle par les victimes donnent de l'artiste une image dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle est protéiforme.

Du portrait à l'autoportrait, du collectage de visages à la collection, Sigrid Coggins joue à "je te tiens, tu me tiens par la barbichette...". Ses Serial Portraits ont déjà fait pas mal de victimes.

Mais ce n'est pas fini ! Au moment où je vais mettre ce texte sous presse, se joue un autre drame ici.

Par le biais d'une blog-œuvre, les victimes consentantes sont appelées à témoigner à charge contre leurs compagnons d'incertitudes : on peut en effet "devenir critique". Et la boucle est bouclée. L'autoportrait passe par tant d'avatars que nos têtes tournent légèrement, comme après avoir dansé une valse. Toutefois, ici, ma critique est très discutable car je suis obligé d'avouer que, de toute mon existence, je n'ai jamais dansé la valse. Je préfère le dire avant que quelqu'un me dénonce. Pour cette partie, je vous laisserais le soin d'aller visiter le blog par vous même lorsque vous serez rentrés chez vous. Veuillez à présent me suivre pour la suite de la visite.

***

Je vous invite à présent à quitter le factuel pour aborder le côté évocateur de l'œuvre.

C'est la partie que je préfère car elle me permet de laisser libre cours à mon imagination débordée.

Ce qui compte au fond dans une photo, et plus spécifiquement dans un portrait, c'est la forme de la face. Le côté pile est moins intéressant car le dos du sujet ne voit pas le fond. Alors que l'artiste voleuse d'âme sait bien qu'elle enchâsse ces visages dans un ensemble qui sera relié justement par le fond. Ce fond est noir, invisible au sujet, sur lequel se découpe, en bas du cou, son clair visage encadré, quand, au contraire, les dessins produits par les protagonistes successifs sont dessinés noir sur blanc.

Bon, comme je vois que la partie théorique semble moins intéresser mon auditoire, je vais passer directement à la conclusion : l'œuvre de Sigrid Coggins est une œuvre de collectionneuse. Elle en est la conceptrice, mais aussi la réalisatrice, l'ouvrière, l'archiviste et surtout le sujet. "Je suis est un autre" écrivait dans sa lettre de crapule le jeune Rimbaud à son pauvre professeur Isambart.

Ne serait-ce pas un bon mot de la fin ?

Car toute recension doit se terminer par un mot de la fin, et qui est, en général, le mot fin.

© Franz Narbah, Tautologue - Turbulences Vidéo #82